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vendredi 21 septembre 2012

B comme Blanc

J’ai peut-être gagné une bataille mais pas la guerre.


L’ancienne locataire a oublié sa brosse à dents (si elle n’avait oublié que ça! Elle a surtout oublié de sortir la poubelle et de faire le ménage avant de quitter les lieux!) ou bien l’a-t-elle laissée volontairement parce qu’elle savait qu’elle me serait utile pour récurer. C’est donc armée d’une Colgate Médium et de Cif Crème (CC pour les intimes, vu le temps que j’ai passé en sa compagnie) et de beaucoup de courage que je me suis attaquée au lavabo, au bac à douche, aux robinets, aux joints du carrelage, bref, à toute la crasse visible et invisible ! Après plusieurs heures de combat acharné (trois demi-journées après le boulot, pour être précise) l’ennemi a fini par capituler et par brandir un drapeau blanc.

Parce qu’en fait tout dans l’appartement, du sol au plafond en passant par les murs, portes et placards, était blanc à l’origine. La graisse, les tâches et autre poussière n’étaient qu’une tenue de camouflage. Ça tombe bien parce que les nuances de couleurs du noir au gris n’étaient vraiment pas à mon goût. 

Le résultat est impeccable ! Ma maison est propre, parfumée et brillante, que dis-je, étincelante ! En faisant le ménage (personnellement je préfère le terme de « rénovation » plus approprié à l’ampleur des travaux ménagers que j’ai dû effectuer) je ne pouvais m’empêcher de penser aux spots publicitaires diffusés à la télé juste avant le énième épisode des Feux de l’Amour, vous savez ceux pour les produits d’entretien de marque allemande très mal doublés en français. Sauf que les publicités sont toujours truquées alors que dans mon cas la saleté était bien réelle et incrustée car certains recoins n’avaient pas été nettoyés depuis des lustres (tiens, les lustres, parlons-en ! C’est un autre défi qui m’attend.)

Ma prochaine mission : laver les draps et couvertures, mais la machine à laver attendra, car pour le moment c’est moi qui suis lessivée. J’ai également fait une liste de toutes les bricoles à acheter pour compléter mon aménagement (de la bouilloire aux épingles à linge en passant par le paillasson et le fer à repasser) mais ma modeste demeure est désormais accueillante et prête à vous recevoir, vous et vos semelles de souliers souillées.

lundi 17 septembre 2012

B comme Beurk

J'ai le cafard


Pour ce billet j’ai longuement hésité entre « bazar » et « bordel ». Je trouvais que le premier terme sonnait comme une invitation au voyage en Orient (c'est aussi ainsi qu'on appelle le marché ici) et je ne voulais pas risquer avec le second une allusion aux établissements nocturnes aux activités condamnables que vous leur connaissez.
J’ai donc finalement opté pour l’onomatopée « beurk », mot qui traduit mieux l’expression de dégoût qui est apparue (et est restée) sur mon visage quand j’ai découvert étonnée (qu’à moitié à dire vrai) que je devrai partager mon logement avec des colocataires surprises ou plutôt nuisibles : des cafards !
Bien qu’appréciant la prose de Kafka, je me suis lancée après cette horrible découverte dans une métamorphose, de mon appartement. Étant resté inoccupé plusieurs mois, les insectes (méritent-ils vraiment d’appartenir à cette espèce et d’être ainsi comparés à de magnifiques papillons?) ont eu le temps d’établir une colonie qui s’étend de sous l’évier à sous le four (peut-être est-ce seulement la surface visible de l’iceberg…), par l’odeur, alléchés, des détritus et aliments avariés. J’ai hésité à vous faire un reportage animalier ou encore une série de clichés avant/après, mais j’étais trop occupée à désinfecter les lieux pour perdre du temps à photographier la scène du crime. J’ai balayé, aspiré, frotté, nettoyé, récuré, astiqué, exterminé… (L’espace d’un instant j’ai pensé donner à mes élèves ces verbes du premier groupe à conjuguer.) Du sang a coulé, mais surtout des litres d’eau et des millilitres (ce mot fait mal aux yeux, voilà sans doute pourquoi on lui préfère l’abréviation ml)  de produits chimiques nocifs pour l’environnement mais indispensables à ma propre survie. La zone est décontaminée. J’ai placé des pièges à des endroits stratégiques afin de prévenir une nouvelle invasion. Dans la foulée, j’ai investi dans des sachets anti-mites. Le chantier avance, je serai bientôt confortablement installée.

B comme Blok

Le bloc de l'est


Je me suis éloignée et j'ai pris de la hauteur. Me voilà désormais l'occupante d'un appartement situé au quinzième étage d'un bâtiment qui en compte dix-huit. Je ferai une description détaillée de mon logement dans un prochain billet. Vu de l'extérieur, mon blok est semblable aux centaines d'autres construits dans la capitale sous l'ère socialiste (entendre "communiste".) et à la tour jumelle qui se dresse en face de lui. On distingue de loin ma tour et sa soeur jumelle qui lui fait face car ce sont les plus hautes du quartier ou plutôt du "жилищен комплекс" (toujours abrégé par les initiales Ж.К. et désignant un complexe résidentiel). Mon gratte-ciel (j'aime la poésie de ce mot) semble avoir été construit à la hâte et l'absence de revêtement mural permet de distinguer l'empilement des blocs de béton. Les fils électriques indisciplinés, courent et s'entremêlent sur la façade, les antennes de télévision et les paraboles satellites fleurissent sur les balcons et un oeil attentif distinguera quelques fissures ainsi que des fenêtres en état de délabrement. Mais dans ce pays il ne faut pas se fier aux apparences des infrastructures mais s'intéresser à leur beauté intérieure.

Au pied de mon blok sont stationnées plusieurs voitures, certaines témoins d'une époque révolue et que je n'avais eu l'occasion de voir qu'en photo dans des ouvrages consacrés aux voitures de collection. L'entrée du bâtiment est gardée par les chiens qui ont élu domicile au pied des marches. Ils sont vieillissants, pacifiques et bien portants, je soupçonne donc le concierge de leur donner à manger très régulièrement. Ma jeune et jolie collègue soulignait justement que le problème des chiens errants en Bulgarie résidait dans le fait que les gens ne peuvent s'empêcher de les nourrir, ce qui n'aide pas à freiner leur reproduction ou plutôt leur invasion devrais-je dire, à la vue des dizaines de milliers d'animaux sans colliers qui peuplent la capitale. 




Illustration: Le quartier de Lagera vu du Boulevard Tsar Boris III.
Source: Photographie personnelle.

L'accès au bloc est surtout surveillé 24 heures sur 24 par le concierge, ou plutôt les concierges, puisqu'ils sont au nombre de trois et se relaient selon le système des trois-huit. Leur présence est vraiment rassurante pour la petite française vivant seule que je suis. J'ai mis plusieurs jours à les distinguer car ce sont tous trois des papis septuagénaires (à vue d'oeil).  Je devine qu'il s'agit de retraités qui, avec ce petit boulot, cherchent à arrondir leurs fins de mois, mais mes rudiments de bulgare ne me permettent pas encore de leur poser la question. Je discute volontiers avec eux, car ils sont souriants et me saluent toujours quand je pars tôt le matin les yeux encore collés ou quand je rentre du travail l'air abattu. Ils s'appliquent à répéter leurs injonctions, à y associer des gestes et à corriger ma prononciation afin de m'aider dans mon difficile (mais loin d'être fastidieux) apprentissage de leur langue. Ils veillent au grain, guettant mes pas afin de m'ouvrir la porte, d'appeler l'ascenseur ou même de m'aider à porter mes sacs de course. Deux de mes nouvelles amies, venues me rendre visite le deuxième weekend, ont gardé un très bon souvenir de cet accueil et ont même photographié l'un d'entre eux !

Je ne peux pas terminer cet article sans dire un mot de l'ascenseur. J'essaie de me rassurer en me répétant que malgré tout il fonctionne et qu'un technicien doit être chargé d'en vérifier l'état de marche régulièrement. Mais j'ai toujours la boule au ventre à chaque fois que je le prends. Deux choix s'offrent à moi (une alternative plus sûre serait d'emprunter les escaliers, mais je ne suis pas assez sportive, courageuse ou plutôt masochiste pour descendre quinze étages à pied): un ascenseur sans porte automatique (c'est-à-dire qu'il faut l'attraper au passage et veiller à pousser la porte au bon moment sinon il repart dans l'autre sens, et surtout avec celui-ci je vois défiler les étages sous mes yeux) mais avec musique d'ambiance, ou un ascenseur sans la radio mais avec une porte automatique qui laisse le temps de pénétrer à l'intérieur et d'en sortir sans précipitation. Dans les deux cas, je ne peux m'empêcher de vérifier que le sol est bien présent (j'ai ici un doute au sujet de la concordance des temps: mode indicatif ou subjonctif?), de peur d'envoyer le pied dans le vide dans l'éventualité où la cage se serait arrêtée à mi-palier. Et enfin, on m'a conseillé de ne pas jouer avec mes clés car celles-ci pourraient tomber dans le vide, me laissant à la rue, devant une porte close et mon seul abri serait justement ce maudit ascenseur !