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vendredi 22 mars 2013

B comme Bouquins

La lectrice de français et les jeunes lecteurs francophones


Félicitations aux élèves du lycée Lamartine qui ont relevé et remporté le défi ! 

L'équipe représentant mon établissement, composée de Boryana, Stéphanie, Svetla et Siméon, tous quatre élèves de 9ème (équivalent de la classe de 5ème) a gagné ce mercredi le 4ème Défi Lecture de Bulgarie !

Illustration: Ouvrages sélectionnés
Source: Photo. perso.

La finale de cette compétition s'est déroulée dans la salle Bidart de l'Institut Français où, pendant près de quatre heures, les élèves des lycées bilingues de tout le pays se sont affrontés répondant à des questions précises visant à vérifier leur compréhension et leur connaissance des quatre oeuvres de littérature jeunesse sélectionnées, rédigées en langue française, et préalablement lues et étudiées en classe. 

Les ouvrages en question étaient la nouvelle Matin Brun ainsi que le roman Eloa, quand est-ce qu'on s'en va? de Frank Pavloff, ainsi que le recueil de contes Oeufs bleus et compagnie et le roman Mon Amérique d'Alice de Poncheville. Cette dernière était d'ailleurs présente et membre du jury.




La remise des prix s'est effectuée sous la présidence de S.E.M. L'Ambassadeur de France en Bulgarie. Chaque participant a été récompensé et un buffet bien mérité attendait candidats, organisateurs et supporters à l'issue du jeu.
Illustration: S.E.M. L'Ambassadeur P. Autié
 félicitant les gagnants
Source: Photo  J. S.
Je suis fière de mes élèves et impressionnée par leurs excellentes mémoire et compréhension des textes. Nous préparions ce concours depuis plusieurs mois, avec sérieux, motivation et détermination; nous avions pris connaissance des livres plusieurs fois et avions ensemble élaboré des fiches de lecture et de vocabulaire. Contente de voir que tous nos efforts ont finis par payer! Bravo aux autres lycéens et à leurs enseignants de français qui n'ont pas démérité.

Cet évènement qui s'inscrit dans le cadre du Mois de la francophonie aura eu pour effet de susciter un réel intérêt pour la lecture en français chez les adolescents. L'auteur Alice de Poncheville est venue, ce vendredi, rencontrer les élèves du lycée et ces derniers se sont montrés très intéressés par ses histoires et par le métier d'écrivain, en témoigne leurs nombreuses questions à ce sujet. Cette rencontre aura peut-être suscitée des vocations, qui sait. Lors de cette entrevue, tous se sont également prêtés à un atelier d'écriture (voir article  intitulé "Breton" sur le sujet) et deux journalistes-radio en herbe ont pu interviewer l'écrivain.

Illustrations: Discussions et dédicaces avec les auteurs
Source: photographies personnelles
Dans la continuité de cet évènement, une rencontre avec les deux auteurs a eu lieu ce soir à l'Institut Français. Le public a pu poser ses questions aux écrivains qui ont fait preuve d'une grande générosité, terminant cet échange par une séance de dédicaces et de photos avec les enfants. J'ai moi-même fait dédicacer mes livres, me revoyant dix ans auparavant dans un salon du livre jeunesse. Ce retour en enfance a hélas déjà trop duré. Il me faut désormais m'adonner à d'autres lectures, moins distrayantes, bien que les oeuvres sélectionnées ont sur aborder, avec légèreté et non avec une pédagogie parfois indigeste, des sujets profonds ou de société comme, entre autres, le passage à l'âge adulte ou les dangers de la pensée unique. J'ai d'ailleurs questionné l'auteur de Matin Brun et nous avons parlé compromission et indignation. Citant son père bulgare, Frank Pavloff nous a tous mis en garde: "Il ne faut pas serrer la main du diable.". J'ai ajouté qu'à l'époque dans laquelle nous vivons, le diable a plusieurs formes et peut-être parfois difficile à démasquer mais que la lecture contribuait à développer notre esprit critique. 


Pour conclure ce billet, je voudrais vous souhaiter à tous de bonnes lectures et citer le conseil donné par Alice de Poncheville à nos jeunes lecteurs: "Soyez curieux !"

B comme Breton André

Dépouille succulente


Lors de la rencontre entre l'écrivain Alice De Poncheville et les élèves du lycée Lamartine, dans le cadre du Défi Lecture, cette dernière a proposé un atelier d'écriture et entre autres, une activité ludique et créative: le cadavre exquis.

Le cadavre exquis est un jeu littéraire inventé par les surréalistes dont André Breton. Il consiste à rédiger une phrase ou un texte à plusieurs mains. A tour de rôle, chaque participant écrit un mot ou une phrase sans lire les précédent(e)s puisque leurs auteurs auront plié la feuille de papier. La première phrase qui en résulta et qui donna son nom au jeu était: "Le cadravre exquis boira le vin nouveau."

Voici ci-après un florilège de créations d'élèves qui sont affichées au lycée. J'en ai corrigé la syntaxe et l'orthographe. J'envisage d'utiliser davantage cette écriture à contraintes en classe car cela permet vraiment de libérer la parole et de laisser libre cours à l'imagination. Voyez plutôt:


C'était l'étoile la plus brillante. Elle se trouvait dans un grand château et elle a téléphoné à une amie. Face à la scène, le colibri suspendit son vol devant tant de beauté et le crapaud laissa échapper un soupir. Alors Paris fut presque détruit et personne n'était content de ce qui s'était passé.

C'était une chatte très belle qui aimait jouer avec moi. Elle se trouvait sur la plage à Saint Tropez et elle aimait faire des promenades. Les gens l'aimaient beaucoup et étaient excités de la voir. Alors tout le monde était très heureux mais un peu fatigué.

C'était la plus belle femme du monde. Elle se trouvait dans l'espace et elle faisait du ski sur son lit. Puis les gens sont partis. Alors, une carpe aux écailles scintillantes jaillit hors de l'eau et lui vola un baiser.

C'était une grande maison. Elle se trouvait dans un jardin et elle regardait le ciel. Tout à coup elle a pris dans sa main une souris qui essayait de courir. Alors j'ai dit que ce n'était pas drôle.



C'était une fée charmante. Elle s'était plongée dans le monde artistique avec des peintures françaises et elle avait l'intention d'aller dans le jardin prendre quelques fleurs pour sa grand-mère. Les chiens ont tous aboyés, ils étaient contents. Alors, tous les participants étaient très satisfaits et attendaient de nouvelles choses intéressantes.

C'était une fleur. Elle flottait dans la rivière, allongée sur le dos. Et elle libéra le peuple. Les metteurs en scène l'adoraient. Alors la petite s'est changée en fleur.

C'était une nymphe aux traits fins, à la chevelure longue et au regard enjôleur. Elle était à Paris. Et c'était une top model, une vraie star ! Après l'avoir vu, les oiseaux se sont envolés. Alors je suis partie pour la France avec l'idée de rester là-bas jusqu'à la fin de ma vie.

C'était la plus belle fille du monde. Elle était au supermarché et elle faisait du jogging. Les gens sont tombés malades. Alors elle a décidé de rentrer à la maison pour lire son livre préféré.

C'était une journée intéressante. Elle était à la maison, elle regardait la télé. Les gens autour d'elle l'observaient bizarrement parce qu'ils savaient qu'elle n'était pas comme les autres. Alors, la nuit est tombée et elle est allée à la plage.

C'était une belle fille, très intéressante, qui était tombée amoureuse. Elle était assise sur un banc dans le parc, la tête dans les nuages. Et elle imaginait être une artiste célèbre que tout le monde connaîtrait. Ses voisins la trouvaient très généreuse et aimable et ils l'admiraient pour ses actions. Alors, on a coupé la viande en petits morceaux.

C'était une planète perdue qui volait sans but précis dans l'univers. Elle se promenait dans un endroit inconnu et elle mangeait des crêpes. Les gens ne savaient pas qu'elle était là. Alors, elle a décidé de cuisiner une souris.

C'était une pomme, la plus grande pomme du monde entier. Elle baladait sur l'avenue et elle dansait. Les gens avaient peur d'elle. Alors elle a décidé d'écrire un livre.

C'était une femme très ambitieuse qui voulait conquérir le monde. Elle était maintenant dans la cuisine en train d'essayer de faire une tarte aux pommes. Et elle était chanteuse et donna un concert. Les gens ont applaudi la jeune femme et espèrent qu'elle deviendra une chanteuse très célèbre. Alors elle se sentit mal.

C'était une fille folle et stupide. Elle se trouvait au bord de la mer et elle accompagnait ma famille quand on déjeunait ou dînait ou quand on prenait le petit déj' ou quand ma sœur faisait ses devoirs. Les gens l'ont saluée et ont commencé à chanter. Alors elle est devenue une peintre qui voyait sous ses doigts naître les couleurs du jour.

C'était une vielle dame qui habitait une maison dans la forêt. Elle aimait dormir et elle écrivait son devoir de maths. Les gens devenaient tristes. Alors elle est devenue ma meilleure amie avec le temps.

C'était la planète où l'on sait qu'il y a de la vie intelligente. Elle était au cinéma, regardait le ciel et admirait les oiseaux. Les gens la regardaient et s'amusaient de ce qu'elle faisait. Alors, elle s'amusa beaucoup avec ses nouveaux amis.

C'était une petite fille qui vivait à Paris. Elle jouait de la guitare dans sa chambre. Et elle partie au Brésil pour participer au carnaval de Rio. Les gens étaient très excités et ont applaudi. Alors elle est tombée et tout le monde a dormi et a commencé à rêver.

C'était une des plus belles émotions qu'on puisse sentir. Elle était dans mon coeur et chantait sa chanson préférée. Les gens criaient très fort. Alors on a commencé à jouer au football.

C'était une peinture très drôle, comme celle d'une terre inconnue. Elle jouait du piano dans sa chambre et elle riait. Les gens ont commencé à rigoler et à applaudir. Alors elle a souri et a fait une révérence.


Ces oeuvres vous ont inspiré? Vous cherchez une activité pour occuper vos soirées entre amis? Alors, à vos papiers, prêts, écrivez !


lundi 17 décembre 2012

B comme Baroudeurs

Compagnons de route


Encore une page de publicité ! Je vous invite cette fois-ci à visiter le site internet de Julien et Sophie, deux voyageurs qui parcourent le globe à pied et que j'ai eu la joie d'héberger lors de leur passage en Bulgarie. J'aurai plaisir à leur rendre visite en Turquie, leur prochaine étape.

Leur site est très bien fait, véritable carnet de voyage illustré et traduit en anglais. L'icône à droite de la page vous permettra de suivre leur progression, en direct ou presque, sur la carte.

Bonne continuation à nos amoureux marcheurs et bon voyage à vous chers lecteurs!

dimanche 25 novembre 2012

B comme Bible

Le jour du seigneur


Mon dimanche entre crise de foie... et crise de foi !
Au programme, le désormais traditionnel déjeuner dominical en famille (voire petit déjeuner, apéritif, café,...) chez Viara, prénom féminin qui signifie foi. Repas très réussi cette fois encore,  j'ai la peau du ventre bien tendu, merci petit Jésus ou plutôt mama, baba, tatko et petite sestra pour le gâteau. Puis, promenade digestive dans le parc "Chez Boris" comme je le surnomme. De semaines en semaines, les couleurs changent, les branches se dénudent, les feuilles mortes s'accumulent mais les habitués restent les mêmes: retraités, enfants, couples, chiens en laisse ou errants. 



Illustrations: 

Litière d'automne
Prédateurs guettant leur proie
Source: Photographies personnelles


Hier pourtant, je remarque à l'entrée des Jardins, deux individus quelque peu différents des autres promeneurs, les seuls à être endimanchés,  costume-cravate sur le dos et livre noir sous le bras, interpellant les passants. VRP ou prédicateurs? Témoins de Jéhovah? Non, mormons.

L'un des deux jeunes hommes s'avance vers moi, stylo en main et sourire "Colgate" sur les lèvres. Il se présente comme un étudiant américain en stage (ou en mission d'évangélisation). Je ne résiste ni à son sourire ni à son accent et prends cinq minutes de mon temps pour répondre à son sondage. Le questionnaire est vite expédié car ma réponse "Non" à la question "Croyez-vous en Dieu?" élimine les questions 2 à 14. Son enquête réalisée, il me dit être amusé par mes réponses et commentaires ("Vous travaillez le dimanche? C'est un pêché, non?", Et si Dieu était une femme?", "On a écrit d'autres livres que la Bible vous savez", "La vie après la mort? Je suis trop occupée à vivre justement pour me poser la question!", "Et si la Bonne nouvelle n'était justement pas la bonne?") et s'en suit une passionnante discussion sur le sens de la vie et les traditionnelles questions existentielles; sur le candidat battu Mitt Romney; puis pour finir une question très large est très ouverte sur mon pays: c'est comment en France? Il me confie qu'il a appris le bulgare dans le cadre de son séjour ici et que c'est avec les Etats-Unis, le seul pays où il ait posé les pieds. Je devine qu'on l'a un peu forcé à s'expatrier. Il complimente mon anglais qu'il juge parfait et me remercie pour mon temps. Il s'excuse de devoir m'interrompre et son devoir l'oblige à me congédier, mais il propose d'échanger nos numéros afin de poursuivre cette conversation à un autre moment. 

J'accepte de le revoir. J'ai souvent été abordée par des sectes en tous genres, mais pour une fois qu'un mormon est ouvert à la discussion! Ne vous inquiétez pas pour moi, je campe sur mes positions, j'ai des idées arrêtées sur la question Religion, je ne me laisserai pas influencée et encore moins embrigadée par ce prosélytisme et je ne vais pas finir membre d'une quelconque église ou communauté. Je n'ai jamais vraiment aimé La Petite Maison Dans La Prairie de toute façon. Mais je relève le défi: tout comme lui et ses amis, j'ai espoir de réussir une conversion: la sienne. J'aimerais tellement lui faire entendre raison, changer sa vision du monde. Je pars donc en Croisade contre le croisé lui-même!

Ce jour de repos s'est néanmoins achevé par des rituels de dégustation et de libations entre amies. Notre congrégation (ou secte?) de franco-françaises s'est réunie autour d'une bouteille de vin et d'un plateau de fromages. Fous rires (le pain et le Rompi) et messes basses ont rythmé la cérémonie. Et nous espérons nous aussi faire de nouveaux adeptes!

dimanche 11 novembre 2012

B comme B&B

J'irai dormir chez vous


Ceux qui me connaissent savent, pour en avoir fait les frais, que mon sport préféré est le surf de canapé ! (Couch surfing en anglais). Que ce soit pour un séjour en France ou à l'étranger, mon organisation avant le départ se limite très souvent au simple achat de billets. Pour l'hébergement, je suis très souvent invitée. Je profite d'ailleurs de cette tribune pour remercier tous mes amis, simples connaissances ou parfaits inconnus pour leur hospitalité et leur souhaite à leur tour, un bon voyage! 

Cette année, la tendance s'est inversée puisque la squatteuse est désormais squattée. Je suis passée du statut de réfugiée politique à celui de maîtresse de maison et après des années de campement improvisé je peux enfin goûter au plaisir d'accueillir des invités. Et bien que débutante dans ce rôle d'hôte, je sais recevoir ! Idéalement situé et desservi par les principales lignes de trolley et de tramway, l'hôtel Chez Brigitte vous propose de nombreux services: concierge (réception et consigne à bagages!) 24H/24, ascenseur ambiancé, salon spacieux avec canapé double convertible confortable et balcon offrant une vue imprenable sur la capitale. Salle de bain commune mais accueil personnalisé ! Pyjama, draps de lit et serviette de toilette fournis. Apéro et petit déjeuner inclus. Qu'attendez-vous pour réserver dès à présent votre séjour Sofiote !?

Illustration: Mise en garde
Source: Photographie personnelle
Ainsi, depuis mon installation à l'appart, j'ai déjà logé une dizaine de visiteurs, et certains ont déjà leurs petites habitudes chez moi vu le nombre de nuitées passées à Lagera (n'est-ce pas Ана?). Je dois bien avouer qu'il est loin d'être désagréable d'avoir quelqu'un qui vous souhaite une bonne nuit  au moment du coucher (ou plutôt du lever du jour) et vous prépare votre café noir au réveil ! Et encore moins quand on rempli votre frigo ou qu'on vous offre une bouteille de vin. Mon accueil est toujours chaleureux voire torride ! J'étais pour ma part chargée ce weekend de servir le petit déjeuner mais oubliés dans le four, mes croissants "français" ont fini carbonisés ! Dans chaque pièce il y a des messages à l'intention des "surfeurs": numéros utiles, instructions pour se déplacer, notices d'utilisations, plans de ville et recommandations d'endroits à visiter et mots de remerciement rédigés à la hâte sur un bout de papier.


Mes voisins ne sont désormais plus étonnés de tout ce va et vient sur le palier et de tout ce remue-ménage dans l'appartement. Mon concierge est bienveillant et content d'être aussi souvent sollicité pour garder les sacs à dos en lieu sûr ou remettre les clés à mes "clients". Je soupçonne même qu'il exécute la lourde tâche qui lui est confiée avec une secrète fierté. Chaque nouveau visage qui se présente pour déposer ses affaires ou récupérer mon trousseau de clefs est une occasion pour lui d'offrir son plus beau sourire et d'engager une agréable conversation, bien que limitée par son ignorance du français. Cette nouvelle responsabilité de réceptionniste lui permet de rencontrer de jeunes français et d'avoir sans doute des anecdotes à raconter lors du prochain dîner !

Pour ma part, je n'ai pour l'instant été hébergée que par une seule lectrice, mais je compte bien rendre visite aux autres lecteurs de Bulgarie dans leurs villes respectives. Pour mes collègues expatriés qui me lisent, le message est passé. Soyez préparés, je risque de débarquer très prochainement pour profiter d'un weekend touristique à moindre frais. J'achève donc ce billet en vous disant à très bientôt. Néanmoins une question subsiste: chez toi ou chez moi !?

dimanche 4 novembre 2012

B comme Balade

...N'importe qui et ce fut toi
Et je t'ai dit n'importe quoi...


Depuis quelques semaines, je renoue avec le rituel de mon enfance. Souvent le dimanche, après le repas de famille (je déjeune désormais dans ma patrie d'adoption avec ma famille bulgare de coeur) et si la météo le permet, j'aime me promener seule ou accompagnée, dans le quartier ou de préférence dans le coin de verdure situé à proximité . Cette promenade dominicale n'ayant d'autres buts thérapeutiques que celui de faire le vide, de s'oxygéner et éventuellement de digérer et de brûler quelques calories si le déjeuner était copieux. J'aime m'asseoir sur un carré d'herbe ou un banc public et observer les gens: les passants qui sont au téléphone ou bien ceux au bout d'une laisse; les enfants qui hurlent, courent, sautent, grimpent, tombent, pleurent, se relèvent et rigolent;  les mendiants et leur flûte à bec ou simple cigarette au bec. J'adopte souvent le regard du photographe ou celui de l'ethnologue et je tâche de définir au mieux qui sont ces autres qui affectionnent comme moi cette sortie familiale, en amoureux ou en solitaire, sans destination aucune et sans autre fin qu'elle même. Aujourd'hui au parc, je ne griffonnais ni dans un carnet ni au dos d'une carte postale mais je laissais de côté mes vieilles habitudes pour adopter les us et coutumes de la génération Y. J'étais donc à la mode, écouteurs sur les tympans et pouce en hyperactivité sur le clavier tactile de mon smartphone. Je ne lisais pas mon fil d'actualité sur Facebook mais l'actualité tout court, en écoutant une symphonie du nouveau monde et pourtant d'une époque révolue. Mais d'un point de vue extérieur, je me fondais dans le décor, pareille à une jeune femme tendance (ou plutôt à une adolescente vu mon physique) bien dans son temps.



Illustration: Un dimanche au parc, Borisova gradina, Sofia
Source: Photographie personnelle


Je vaquais paisiblement à mes calmes mais captivantes occupations et n'étais donc pas ouverte à la discussion, mais c'est pourtant ce moment inopportun qu'a choisi un passant pour engager le dialogue, m'obligeant à retirer les fils qui pendaient à mes oreilles. M'offrant son plus beau sourire, loin d'être éclatant, je laisse l'homme me débiter son discours avant de lui lancer mon habituel "не разбирам" ("Je ne comprends pas") échantillon lui indiquant que je suis étrangère mais ne lui permettant pas pour autant d'identifier à la première écoute ma langue maternelle. Ce monsieur aux cheveux poivre et sel se concentre longuement en fronçant les sourcils avant de bégayer son meilleur anglais. A l'écoute de son débit de parole très lent et entrecoupé de bruits de bouche et à la vue de ses mimiques faciales très expressives, une métaphore me vient à l'esprit. J'imagine les mots en langue étrangère tels des livres abandonnés depuis des années sur la dernière étagère d'une bibliothèque. Il faut d'abord se rappeler où on les a rangé, puis fournir un effort pour les attraper. Ils ne se laissent pas saisir facilement et sont sens dessus dessous formant des piles à l'équilibre incertain. Le désordre alphabétique règne. Ouvrages en langue française, littérature américaine, auteurs hispanophones, grammaire allemande,... l'oeil et le cerveau doivent décrypter l'inscription sur la tranche et sélectionner les bouquins ou chapitres dont on a besoin, dans le bon ordre. Un geste de la main viendra ensuite ôter peu à peu la poussière qui recouvre la couverture, laissant apparaître syllabes par syllabes, le titre. Et parfois, cette redécouverte de trésors oubliés donne envie de poursuivre la lecture et de se plonger tête la première dans le roman ou tout au moins dans la table des matières ou le prologue.



Illustration: Monument de l'Armée soviétique,
QG des rollers skateurs

Source: Photographie personnelle
Il me questionne donc, non sans effort vous l'aurez compris, sur mes origines et les raisons de ma présence à Sofia avant de sortir de ses poches une poignée de boulons et d'écrous et de m'expliquer qu'il sort à l'instant de la quincaillerie. Puis il me confie pendant de longues minutes qu'il préfère réparer et recycler les choses plutôt que d'en acheter de nouvelles mais qu'il n'arrive pas à faire entendre raison à ses enfants qui sont de véritables panier percés captivés et captifs de cette universelle, mais quelque peu nouvelle pour la Bulgarie, société de consommation. Je fais l'erreur de me montrer intéressée par son récit et par ce déballage d'outillage et ce dernier me propose alors  à plusieurs reprises de l'accompagner chez lui où il pourrait m'apprendre à bricoler. Je décline poliment l'invitation prétextant avec conviction qu'il est déjà l'heure de rentrer à la maison. Je le congédie et me dirige d'un pas assuré vers l'arrêt de bus mais quelques instants plus tard, entendant ses apostrophes à plusieurs reprises, je me retourne et constate que l'homme me suit en faisant de grands mouvements de bras pour m'interpeller. Je marque une pause lui permettant de me rejoindre. Et je me vois offrir un nouveau sourire, assorti d'un ticket de bus. J'insiste pour donner quelques pièces de monnaie en l'échange du petit bout de papier jaune, argent qu'il refuse sous prétexte que c'est un honneur pour lui d'inviter une femme française. Je le remercie donc à la française à grands coups de "merci beaucoup" et il me murmure une phrase en bulgare au creux de l'oreille avant de s'éloigner tandis que je monte (ou plutôt, que je me hisse) à bord du vieil autobus. Le mystère de cette dernière réplique reste entier, bien que sa signification globale puisse aisément se deviner.

A la descente de l'automobile, je suis toujours déconnectée du monde réel mais connectée au monde virtuel qui tient tout entier dans ma poche. Le jour décroit, il commence à faire froid et pressée de retrouver la douceur de mon foyer, j'emprunte un itinéraire familier tête baissée faisant claquer mes petits talons carrés sur le pavé. Un obstacle vient perturber cette marche quasi militaire. Un jeune homme me barre le passage de tout son corps et ses mouvements de lèvres m'indiquent qu'il tente d'entrer en communication avec moi. Un poil exaspérée, je retire mes oreillettes avant de lui lancer ma célèbre réplique, phrase qui au lieu de le faire taire et de le chasser ne fait au contraire qu'attiser l'intérêt qu'il me porte. Il me saisit par le bras, observe rapidement mes mains avant d'annoncer fièrement, en anglais, le résultat de son analyse. Non, il ne s'agit pas là d'un tzigane diseur de bonne aventure, bien que l'on puisse dans ce pays croiser des chiromanciennes dans les rues, celui-là ne s'intéresse pas aux lignes de ma paume de main mais plutôt à mes phalanges osseuses. Sa déduction logique est la suivante: je ne porte pas de bague, je suis donc célibataire et bonne à marier. Je tente de me libérer mais il ajoute qu'un anneau sublimerait ma main et me demande à quel doigt je souhaiterais le porter. En guise de réponse, je lui offre mon majeur. Mais ce doigt levé ne suffit pas à le repousser, voilà qu'il s'en trouve amusé. Un vent de panique s'empare de mon être car il se rapproche dangereusement de moi et a le regard du serpent qui tente d’hypnotiser sa proie  en sifflant tout en s'enroulant perfidement autour d'elle. Mais le charme n’opère pas sur moi. Il me réclame un baiser que je lui refuse, puis une simple bise me soutenant que j'en  meure d'envie mais je m'en défends. Cet homme me semble vraiment dérangé; mon air tantôt blasé, tantôt inquiet ne me sont d'aucune utilité et mes ruses successives pour lui échapper ont toutes échouées. Je me vois contrainte de le menacer d'hurler et d'appeler à l'aide. Il accepte alors de me laisser partir à une condition: il me donne une date, un lieu et une heure de rendez-vous et me somme d'une voix solennelle de m'y trouver comme si ma vie (et la sienne) en dépendait. Je cède au chantage et jure en le regardant droit dans les yeux comme il me le demande. Je trépigne comme dans les starting-blocks puis il se résout enfin à me lâcher et son "bon voyage" en guise d'adieux (sans doute la seule expression qu'il connaisse en français) retentit dans les airs comme un coup de revolver annonçant le départ et ma liberté retrouvée. Je cours à toute allure, massant mon maigre poignet meurtri par l'étreinte forcée, mes jambes échappant à mon contrôle, comme pour battre un record de vitesse ou plutôt pour échapper à un tueur fou. Je ne ralentis mon rythme de cavale qu'une fois arrivée dans un endroit fréquenté. Je viens grossir  la foule des passants qui se bousculent sur les trottoirs avant de m'engouffrer dans un trolley bondé. Ce n'est qu'une fois la porte de mon appartement fermée à clé derrière moi que je suis rassurée, essoufflée mais soulagée d'avoir échappé à ce psychopathe. J'ai réellement flippé, ce garçon était "creepy" mais ne dispose d'aucun indice pour me retrouver (il sait seulement que je parle anglais avec un fort accent français) et bien entendu, je ne compte pas honorer la promesse que je lui ai faite, même si je dois avouer qu'il est tentant d'aller espionner, bien planquée et buvant du café comme les policiers dans les séries télé, pour voir s'il se trouvera comme convenu au point de rendez-vous le jour J. 


A la suite de ces deux rencontres étranges et troublantes, je décide que j'ai suffisamment été éprouvée en une seule demi-journée et ayant eu une overdose d'émotions fortes, je vais directement me coucher en adoptant une résolution: en balade, pour éviter d'écouter les salades d'un beau-parleur, se contenter d'écouter son baladeur. Je vais donc, avant de me retrouver pour de bon dans une situation dangereuse, cesser d'accorder de l'importance aux quidams qui m'abordent, rester muette et froide, tracer ma route et me contenter de les ignorer... sauf bien sûr s'il s'agit d'un prince charmant de conte de fées et non d'un désaxé comme j'en croise souvent malheureusement. 

dimanche 14 octobre 2012

B comme Bébé

Le Prénom.



Non, je ne suis pas enceinte.

Je consacre seulement ce billet aux prénoms des personnes croisées sur ma route et le dédie aux copines qui attendent un heureux évènement. 

On remarquera que certains prénoms sont d'origine bulgare ou de la région Balkans-Caucase, et que d'autres sont internationaux, sans doute car il s'agit de ceux de mes élèves nés dans les années 1990. 
On sait tous combien il est difficile de trouver un prénom pour bébé, alors pour ceux ou celles qui seraient en manque d’inspiration, voici une liste de suggestions, en alphabet latin dans une transcription la plus fidèle possible à l'orthographe cyrillique d'origine, et que je viendrai enrichir au fil de mes rencontres.


Prénoms féminins:


A

Aksinia
Aleksandra
Alexandra
Alya
Ana
Anastassia
Anelia
Aneta
Angela
Ani
Anna
Anna - Maria

B

Bilyana
Bistra
Borislava
Boyka

C
D

Daniela
Darena
Daria
Dariana
Denislava
Detelina
Diana
Dilyana

E

Ekaterina
Elena
Elitza
Eliza
Emanuela
Emilia
Eva
Evgenia

F
G

Galia
Galina
Gergana

H

Hristina

I

Ioana
Iulia
Irina
Ivana
Iveta
Ivon

J

Joana
Julia

K

Kalina
Kamelya
Karolina
Katerina
Katia
Krastanka
Kristina

L

Lidya
Linda
Lilyana
Lori
Lubomira
Lubov
Lora
Lyudmila

M

Magdalena
Maïa
Margarita
Maria
Marina
Marinela
Mihaela
Mila
Milena
Mina

N

Nadejda
Neda
Niya

O

Ofelia
Olga
Olya

P

Pamela
Paula
Pavela
Petia
Pimelopi
Plamena
Preslava

Q
R

Radomira
Radoslava
Radostina
Ralitsa
Reni
Rosalina
Rumiana

S

Sabina
Savina
Simona
Slavka
Stefka
Stella
Sveta
Svetlana

T

Tania
Tatiana
Teodora
(Tedy)
Tereza
Tina
Tomina - Stefani
Tzvetelina
Tzvetomira

U

Uliya

V

Valentina Valeria
Vasila
Vasilena
Veronika
Vesselina
Viara
Victoria
Violeta
Vladislava

W
X
Y

Yasmina
Yuliya

Z

Zora
Zornitsa



Prénoms masculins:


A

Aleksandar
Alexander
Andreï
Angel
Anton
Assen

B

Blagovest
Boiko
Boris
Borislav

C
D

Darislav
Dimitar
Dimo
Dragomir

E

Emil
Evgeni

F

Filip

G

Galin
Georgi
Gueorgui

H

Hristo
Hristofor

I

Ilia
Ilian
Ioan
Ivaïlo
Ivan

J

Jivko

K

Kalin
Kaloyan
Kamen
Kiril
(Kosio)
(Koso)
Konstantin
Krasimir

L

Lachezar
Lubov
Lyubomir
Lyudmil

M

Marin
Mario
Martin
Mateo
Metodi
Mihayl
Mitko
Mylen

N

Naci
Nikola
Nikolaï
(Niksan)

O
P

Pavel
Petar
Plamen

Q
R

(Rado)
Radomir
Radoslav
Rossen
Rumen
Rusi

S

(Sasho)
Samuil
Simeon
Stefan
Stilian
Stoyan
Svetlan

T

Tchavdar
(Tedy)
Teodor
Tihomir
Todor
Trifon

U

Ulian

V

Vasco
Vassilen
Vesko
Viktor
Vladimir
Vladislav
Valentin
Vasil

W
X
Y

Yassen
Yavor

Z


mardi 9 octobre 2012

B comme Box

Que la connexion soit. Et Internet fut.


Après trois semaines d'absence, je suis enfin de retour sur la toile ! Je n'étais pas non plus coupée du monde car j'ai pu envoyer quelques mails depuis la salle des professeurs de mon lycée ainsi que quelques messages via Whatsapp à partir de mon téléphone quand un réseau Wifi était disponible, en plus du sms quotidien à ma soeur jumelle. Mais depuis hier je peux désormais surfer de façon illimitée, confortablement installée dans un bon gros fauteuil près d'une tasse de thé fumante, pour une petite trentaine de leva par mois seulement. Je pense que mes prochaines soirées vont se résumer à mailer, blogger, tweeter, facebooker, mais aussi skyper car j'ai hâte d'avoir des nouvelles de mes proches et t'entendre à nouveau leur voix. J'ai également une ligne fixe, donc attendez vous à recevoir prochainement des cartes postales mais aussi des coups de fil !

Depuis mon arrivée en Bulgarie, je ne cesse d'écrire, de recenser toutes sortes d'anecdotes ou d'idées dans un carnet. Je peux désormais publier le récit de mes péripéties et partager mes découvertes sous forme de billets accessibles à tous. Je vais antidater mes articles afin que la date de publication corresponde au moment de leur rédaction (premières impressions griffonnées sous forme de brouillon). J'ai tellement de choses à raconter ! Je vais passer plusieurs heures à pianoter sur mon clavier histoire de rattraper mon retard. Malgré le temps et l'énergie que me réclame mon stage, entre préparation des cours pour mes élèves, et rédaction de devoirs pour la fac, je vous promets d'être le plus souvent que possible derrière mon écran.

J'achève ce billet par un bref résumé de l'épisode "Brigitte et le technicien Vivacom".

Une personne chargée de l'installation du boîtier internet et de la mise en fonctionnement de ma ligne téléphonique était censée venir à mon domicile la semaine dernière, mais ne s'y est jamais présentée. Je soupçonne le vendeur de chez Vivacom (Tihomir, prénom qui signifie "silence et  paix", et qui, pour ceux qui me connaissent, savent qu'il ne correspondrait vraiment pas à ma personnalité.) d'avoir retardé cette démarche car il avait envie de me revoir. Depuis que j'ai souscrit à l'offre Duo Internet et téléphonie, j'ai l'impression de m'être engagée malgré moi dans une ''relation client" qui va au delà des termes du contrat (à moins que tout cela était spécifié dans les trois pages rédigées en cyrillique que j'ai donc aveuglement signées.). Ce dernier, francophone (niveau B2) a été très attentif à tout m'expliquer, ponctuant ses explications de traits d'humour et de grands sourires à mon égard. Il m'a donné son numéro personnel, m'a invité à déjeuner (j'ai malheureusement raté ses nombreux appels) et s'est proposé de venir chez moi avant le technicien pour l'accueillir et servir de traducteur si besoin. Toute l'équipe me salue en français, en m'appelant par mes deux prénoms (ceux indiqués sur mon contrat, je ne peux donc pas leur cacher ma vraie identité, ni mentir sur mon âge.) quand je rentre dans la boutique, et j'y vais assez souvent, mes interrogations restant en suspens, vu que Monsieur me donne les informations au compte-goutte (abonnement aux chaînes de télévision, mise en place d'un prélèvement automatique pour le règlement des factures,...) m'invitant chaque fois à repasser le lendemain. Tentative de communication, connexion établie ou pas, affaire à suivre...

L'installation en soi était bien plus comique que technique ! Il m'a fallu faire de grands gestes, mimer, acquiescer et j'ai eu recours au dictionnaire bilingue pour me faire comprendre car mes rudiments de bulgare ne sont pas encore suffisants dans le domaine des nouvelles technologies de communication (mon vocabulaire français à ce sujet est également très limité). Une fois tous les câbles branchés et toutes les options paramétrées, nous avons continuer à bavarder au moyen du dico de poche (-Tu écolier? -Non, professeur.), de mon porte-clé Tour Eiffel et des vidéos Youtube des chansons de Joe Dassin ! Je l'ai ensuite reconduit à la porte en répétant en boucle "merci, mnogo merci, blagodaria, chaciao !" en laissant exulter ma joie d'être enfin à nouveau connectée !